Mercredi 27 septembre 2006
Mauvaise Haleine, Bouche amère : problèmes difficiles à résoudre
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Réelle ou imaginaire ?
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Le gastroentérologue est souvent confronté au malade (ou à un entourage...) qui
se plaint de "mauvaise haleine" (halitose).
Il faut bien reconnaitre que l'on reste relativement désarmé devant ce symptôme.
Bien des praticiens éludent ou ignorent la plainte.
D'autres ont recours à des traitements symptomatiques appris au gré de l'expérience.
La subjectivité domine ce symptôme et la première question à se poser pour le praticien
est "le patient à-t-il réellement une mauvaise haleine?".
La mauvaise haleine "imaginaire", ainsi que la mauvaise haleine du réveil, la mauvaise
haleine du fumeur ne relèvent certainement pas d'un problème digestif et il faut réorienter
le patient vers un neurologue un psychiâtre ou son médecin traitant.
Si la mauvaise haleine peut être perçue le problème est plus complexe.
La réflexe le plus naturel doit être, si cela n'est déjà fait, de rechercher une étiologie
buccale ORL ou pulmonaire. Ces causes sont de loin les plus fréquentes (de 50 à 90% des
patients). Il est donc hors de question d'envisager une approche gastroenterologique
sans avoir écarté avec soin une de ces étiologies.
Finalement le nombre des patients pour lesquels la mauvaise haleine peut faire rechercher
une origine digestive est faible. On peut distinguer schématiquement la mauvaise haleine
"spécifique", qui suggère immédiatement une étiologie, et la mauvaise haleine "aspécifique"
qui nécessite une exploration plus large.
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Certaines causes sont bien identifiées...
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Les causes classiques :
1) Le foetor hépatique
Lié à l'insuffisance hépatocellulaire, sans pour autant préjuger de son importance,
2) L'ail et les oignons...
Les dérivés soufrés contenus dans l'ail (allium sativum) et les oignons (allium cepa)
sont en grande partie de l'odeur caractéristique de l'haleine qui accompagne leur consommation.
Ils diffusent si facilement que pour avoir les inconvénients de l'ail ou de l'oignon,
il n'est pas même nécessaire de les consommer, le simple contact avec la peau et la
muqueuse digestive basse (cas des "suppositoires" d'ail) suffit à provoquer l'haleine
caractéristique.
L'ail et surtout l'oignon sont aussi riches en substances flavonoïdes, riches en dérivés
phénolés comme le Kaempferol et la quercitine. Ces derniers composés sont toutefois en
grande partie inactivés par la muqueuse digestive.
3) L'alcool
L'haleine de l'éthylique n'est certainement pas un motif fréquent de consultation mais
peut incommoder l'entourage et surtout permettre au clinicien de suspecter un éthylisme nié...
Cette haleine caractéristique apparait rapidemment après la prise puisque l'alcool est
absorbé par la muqueuse gastrique et la muqueuse du grêle surtout au niveau iléal.
La concentration dans le sang atteint sont maximum entre 15 mn à 2 heures après l'ingestion,
en fonction des aliments ingérés; les graisses, les boissons gazeuses, le fructose,
les boissons à très fortes teneur en alcool ralentissent sont absorption, alors qu'un
alcool faible ingéré à jeûn est absorbé très rapidement.
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Et la pathologie digestive?
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De nombreuses pathologies digestives sont "classiquement" rapportées comme étant à
l'origine d'une mauvaise haleine.
Toutefois il convient de souligner que la mauvaise haleine est exceptionnellement
au premier plan de la symptomatologie.
En fait le tube digestif dispose de moyens efficaces pour éviter la diffusion des
odeurs de fermentation ou de putréfaction. La bouche de Killian ou sphincter supérieur
de l'oesophage assure en principe une fermeture permanente de l'oesophage; sauf au moment
des déglutitions. Seule son incontinence (très rare), des éructations un hoquet ou des
vomissements peuvent entrainer la perception d'une haleine fétide.
Les éructations ne sont toutefois pas au sens strict assimilables à l'halitose.
La muqueuse iléale et surtout la muqueuse colique sont ensuite un obstacle remarquable
à la diffusion des produits volatils de fermentation; le foie métabolisant la plupart
des produits soufrés qui pourraient être acheminés par le sang portal.
Les régimes riches en viandes ou en graisse, la constipation, les diarrhées infectieuses,
les colites inflammatoires, la colite ischémique etc... ne peuvent donc pas être
responsables d'une mauvaise haleine. De même et contrairement à une idée répandue, une
haleine fétide n'est pas un signe de pullulation bactérienne du grêle.
Il n'y a donc aucun argument pour proposer une exploration colique, une désinfection
intestinale, chez un patient se plaignant de mauvaise haleine même si... les imidazolés
entrainent parfois une amélioration.
En revanche certaines pathologies rares sont responsables; soit d'une mauvaise haleine
permanente soit plutôt d'éructations nauséabondantes. C'est le cas du diverticule de
Zencker, qui lorsqu'il est volumineux et occupé par un bézoard peut être révélé
par une halitose. Mais le cas reste anecdotique comme les descriptions d'halitose associée
à une fistule oesotrachéale, à une sténose du pylore ou à une fistule gastro-colique.
Les pathologies plus fréquentes tels la hernie hiatale, le reflux gastro-oesophagien,
l'achalasie, le cancer de l'oesophage ou le cancer gastrique, ne sont qu'exceptionnellement
révélés par une haleine fétide. Et encore de toutes ces affections, seule la fistule
oesotrachéale peut physiologiquement expliquer l'halitose.
Les cas publiés d'halitose associée à la présence d'helicobacter pylori au niveau de
la muqueuse gastrique auraient pu ouvrir la voie à une nouvelle approche de cette pathologie;
malheureusement les rares études publiées ne reposent que sur des données d'interprétation
subjectives et concernent un nombre faible de patients au regard du nombre des sujets
infectés par helicobacter pylori.
On constate donc qu'il manque au gastroentérologue des études rationnelles, utilisant
par exemple la chromatographie en phase gazeuse, pour lui permettre d'expliquer une
halitose par une pathologie digestive basse ou haute. La seule investigation qu'il peut
proposer au patient est une fibroscopie digestive haute afin de rechercher entre autre
un processus tumoral; mais la rentabilité de cet examen n'est pas connue dans cette
indication...
Les pathologies digestives pouvant être associées à une halitose
fistule oesotrachéale
Diverticule de Zencker
hernie hiatale*
reflux gastro-oesophagien*
cancer de l'oesophage *
cancer gastrique*
sténose pylorique*
fistule gastro-colique*
infection par helicobacter pylori*
insuffisance hépatocellulaire
pullulation bacterienne du grêle*
enterocolites infectieuses*
* : affections pour lesquelles le lien de cause à effet n'est pas formellement établi
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Par Dr DURAND- Dr ROMNEY
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Publié dans : cabinetgastro
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